Mark Zuckerberg avait un plan : remplacer des milliers d'employés de Facebook et Instagram par des intelligences artificielles.


mardi 1 septembre 2026  277 Vues

En janvier 2026, le patron de Meta réunit ses cadres dirigeants dans sa propriété d'Hawaï pour leur exposer une vision radicale. Le projet, baptisé 'Organization Transformation' (transformation de l'organisation), ambitionne de faire de la maison mère de Facebook et Instagram une entreprise nativement construite autour de l'IA.

Le principe : des agents artificiels prendraient en charge une part massive du travail quotidien, supervisés par de petits noyaux de trois à cinq humains polyvalents. Les équipes classiques de dix à vingt spécialistes seraient dissoutes, les titres conventionnels remplacés par un rôle unique de 'constructeur', et des pans entiers de l'encadrement intermédiaire supprimés.

Une enquête de Reuters publiée le 26 août, appuyée sur des dizaines de documents internes et plus de vingt témoignages, a révélé l'ampleur du dispositif. Meta a confirmé l'existence du projet auprès de l'agence, tout en précisant que le scénario à 60 % de coupes ne concernait que certaines divisions.

Des torrents de code, des gains fantômes et des incidents en série

Deux vagues de restructuration étaient programmées : mai, puis novembre. La première a bien eu lieu le 20 mai, avec un plan touchant 10 % des effectifs. Quelques heures avant son déclenchement, le soir du 19, Zuckerberg a annulé la seconde.

Les données internes expliquent pourquoi. Le volume de modifications de code avait bondi de 220 % sur un an, selon un message interne du directeur technique Andrew Bosworth. Les fonctionnalités réellement livrées aux utilisateurs ne progressaient, elles, que de 36 %. Les agents IA produisaient en masse, sans que cette frénésie se transforme en produits concrets.

 

Andrew Bosworth, directeur technique de Meta, supervisait la transformation IA de l

Andrew Bosworth, directeur technique de Meta, supervisait la transformation IA de l'entreprise. Ses propres données internes ont révélé le décalage entre la production de code et les résultats concrets.

© Meta

Les dégâts allaient au-delà de la simple inefficacité. Dès mars, les équipes d'infrastructure alertaient sur des signaux de fragilité. En avril, un rapport interne pointait que des agents IA effectuaient des actions de grande ampleur qu'un humain n'aurait probablement jamais exécutées.

Les incidents techniques et de sécurité majeurs ont grimpé de 40 % en un an, et le temps passé à éteindre ces incendies a explosé de 70 %. Début juin, des hackers ont exploité le nouveau bot de support client IA de Meta pour pirater des comptes Instagram de haut profil, dont la page dormante de la Maison Blanche Obama.

Keyloggers, mèmes vengeurs et Prométhée malgré lui

Le déploiement d'un logiciel de suivi sur les postes des salariés américains, enregistrant frappes clavier et mouvements de souris pour entraîner les agents IA, a achevé de braquer les troupes. Convaincus de dresser leurs propres remplaçants, les employés ont inondé Workplace, le réseau interne de Meta, de messages furieux et de mèmes.

 

Un tract affiché dans les toilettes de Meta, invitant les employés à signer une pétition contre l

Un tract affiché dans les toilettes de Meta, invitant les employés à signer une pétition contre l'utilisation de leurs données, y compris leurs frappes clavier et clics de souris, pour entraîner l'IA.

© Reuters / Handout

 

Des images d'éléphants, symbole des licenciements que personne n'osait nommer, accompagnaient les réponses aux publications des dirigeants. Un salarié a poussé le troll jusqu'à comparer l'initiative IA de Zuckerberg à Prométhée offrant le feu à l'humanité. Le score de satisfaction interne est passé de 74 % à 55 % en six mois.

 

Nous sommes la seule grande entreprise à nous concentrer sur l'autonomisation des gens et à mettre le pouvoir de cette nouvelle technologie entre les mains de milliards de personnes, plutôt que de nous focaliser principalement sur l'automatisation du travail.

Mark Zuckerberg, PDG de Meta, message interne aux employés, juin 2026

Le directeur technique Andrew Bosworth, qui pilotait la transformation, s'est retrouvé en première ligne face à la colère. La direction a fini par suspendre le programme de tracking, autoriser certains ingénieurs réaffectés à regagner leurs anciennes équipes, et envoyer la directrice financière Susan Li rehausser les avantages sociaux.

 

Mème partagé en interne par les employés de Meta après l

Mème partagé en interne par les employés de Meta après l'annonce d'une amélioration des snacks au bureau en réponse à la chute du moral. Marie-Antoinette porte des Ray-Ban Meta.

© DR

'L'avenir appartient à tous' : le grand retournement de veste

En juillet, lors d'une assemblée interne, Zuckerberg a reconnu des erreurs de calendrier et admis que la technologie des agents IA n'avait pas accéléré au rythme espéré. En août, dans un long essai intitulé 'L'avenir appartient à tous', il a repositionné son discours autour de l'IA comme outil d'émancipation individuelle, prédisant une 'abondance d'emplois' tout en concédant que chaque entreprise pourrait, à terme, employer moins de monde.

Reste une ambiguïté soigneusement entretenue. Dans ses communications internes, Zuckerberg continue de s'en tenir aux mots 'à l'échelle de l'entreprise' et 'cette année' pour évoquer la fin des licenciements. Assez pour que de nombreux salariés y lisent la promesse de nouvelles coupes ciblées, équipe par équipe, ou d'un nouveau round massif dès 2027.

Meta prévoit d'investir au moins 130 milliards de dollars en infrastructure IA cette année, un montant qui, selon les analystes de LSEG, absorbera la totalité de son cash opérationnel.

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